Effet Woozle : quand une erreur répétée devient un fait scientifique
Vous êtes-vous déjà demandé comment quelque chose de complètement faux peut être cru par tout le monde, y compris par la communauté scientifique ? Quel rapport y a-t-il entre Winnie l’ourson, les fausses informations et les données scientifiques erronées ?
L’effet Woozle est un phénomène de la recherche académique et de l’information, dans lequel une affirmation ou une hypothèse inexacte est répétée si souvent par de nombreuses sources différentes que le public, mais aussi les chercheurs, finissent par la prendre pour un fait prouvé, même s’il n’a jamais existé de véritables éléments pour la soutenir. En substance, il décrit la création d’un mythe consensuel au sein même de la communauté scientifique ou dans les médias de masse, par la citation aveugle des sources.
Comment fonctionne le mécanisme
Un chercheur formule une conjecture ou une hypothèse dans une étude, souvent avec des réserves. Il dit par exemple : « peut-être que X se produit ». Un deuxième scientifique cite alors l’étude, mais omet les réserves. Il dit par exemple : « tel chercheur a prouvé que X se produit ».
D’autres chercheurs reproduisent ensuite la deuxième source, sans toutefois vérifier la première, la source primaire. Et finalement, l’affirmation initiale, après plusieurs citations, est considérée comme un savoir établi, simplement parce que tout le monde le dit.
Deux mécanismes psychologiques
Derrière cette répétition permanente se cachent deux mécanismes psychologiques fondamentaux.
Le premier est l’illusory truth effect, ou phénomène de la vérité illusoire. Dans ce phénomène, notre cerveau confond la fréquence avec la validité. Plus nous entendons souvent une chose, plus elle nous paraît familière. Nous la prenons alors automatiquement pour vraie.
Le second est le social proof, ou preuve sociale. Nous supposons inconsciemment que si beaucoup de personnes, ou beaucoup de scientifiques, soutiennent la même chose, nous ne pouvons pas nous tromper.
D’où vient le nom
Le nom vient du livre pour enfants Winnie-the-Pooh d’A. A. Milne, paru en 1926. Dans l’histoire connue, Winnie l’ourson, avec son ami Porcinet, marche dans la neige autour d’un arbre et voit des empreintes. Ils supposent qu’elles appartiennent à un animal imaginaire qu’ils nomment Woozle.
Plus ils tournent autour de l’arbre, plus les empreintes se multiplient, puisqu’ils y ajoutent les leurs. Ils se convainquent qu’une meute entière de Woozles les suit, alors qu’en réalité ils poursuivent leurs propres traces.
Le terme a été introduit en sociologie par Patricia Stevens et s’est plus largement fait connaître grâce à Richard Gelles en 1980, pour décrire la manière dont des statistiques et des hypothèses erronées sur la violence familiale se reproduisent dans la littérature sans contrôle des sources primaires.
Pourquoi l’effet Woozle compte
L’effet Woozle est très important, car il montre l’importance de la pensée critique et de la vérification des sources primaires. Il nous rappelle que la répétition fréquente d’une information, y compris dans des ouvrages académiques, n’équivaut pas à une preuve.
La prochaine fois que vous entendrez une phrase commencer par « Tout le monde sait que » ou « Les recherches ont montré que », n’en restez pas là. Demandez-vous si c’est vraiment le cas, ou si nous suivons simplement les traces de quelque Woozle dans la neige.
