Espagne : des femmes réclament justice après un cancer du sein non dépisté à temps
Anabel Cano pensait que le cancer l’avait épargnée après avoir subi une mammographie en Andalousie. Mais quelques mois plus tard, elle perdra un sein à la suite d’une mastectomie. « Pourquoi m’ont-ils oubliée ? », s’indigne Anabel Cano, l’une des centaines de femmes touchées par le scandale du dépistage du cancer du sein. Pendant des années, les examens de suivi et la surveillance n’ont pas été effectués après des mammographies non concluantes et des patientes ont développé un cancer sans le savoir. Anabel Cano, ancienne femme de ménage de 52 ans, a donc été opérée d’un cancer du sein près d’un an après sa mammographie, alors qu’on lui avait dit, quelques mois plus tôt, que tout allait bien.
Des mois se sont donc écoulés avant que Anabel Cano ne soit finalement invitée à passer un autre test qui a révélé son cancer. « S’ils l’avaient fait un an plus tôt, je n’en serais peut-être pas arrivée là », déclare-t-elle à l’AFP. En septembre, une association andalouse représentant les personnes atteintes d’un cancer du sein, Amama, a révélé le scandale après avoir reçu des témoignages de certaines femmes. Anabel Cano a été la première victime à porter plainte contre le service de santé d’Andalousie.
L’avocat d’Amama, Manuel Jimenez, a déclaré qu’au moins 230 femmes ont développé un cancer après leurs mammographies, et que trois d’entre elles sont décédées. Le gouvernement régional, dirigé par le principal parti conservateur, le Parti populaire (PP), affirme que 2 317 femmes sont concernées par l’absence de suivi, après avoir initialement parlé de trois ou quatre cas. Les autorités régionales insistent toutefois sur le fait qu’aucun cas de cancer ou de décès n’a été signalé.
Le temps compte
Amparo Perez, 56 ans, est une autre survivante du cancer qui est passée entre les mailles du système de dépistage andalou. Après un premier test en juin 2023, elle a attendu des mois avant de découvrir qu’un autre dépistage était nécessaire. Mais ce dépistage est arrivé trop tard : Amparo Perez a subi une double mastectomie en février 2024. « Peut-être que s’ils l’avaient détecté (le cancer) à temps, j’aurais évité tout cela… avec cette maladie, le temps compte », déclare l’ancienne coiffeuse.
« Je ne pensais pas qu’il y avait autant de femmes » qui souffraient de la même situation, a ajouté Amparo Perez, en précisant qu’elle avait fondu en larmes ces dernières années. Au siège d’Amama, dans la ville de Séville, une mosaïque promouvant les auto-examens et des dépliants annonçant des cours de flamenco pour lutter contre les effets secondaires de la chimiothérapie accueillent les personnes atteintes d’un cancer du sein. Pour la présidente d’Amama, Angela Claverol, cette affaire a mis à nu les conséquences des « coupes et de la mauvaise gestion ». « Omission, négligence ou incompétence, c’est la même chose », déclare-t-elle. Le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a imputé ces échecs à la privatisation des soins de santé en Andalousie.
Carmen Flores, qui dirige une association de patients et a déposé une plainte auprès des procureurs, reconnaît qu’une « obstination à privatiser les soins de santé publics » n’est pas une solution. « Plus le système de santé publique fonctionne mal, plus il est possible d’avoir une excuse pour transférer les patients vers le secteur privé », déclare-t-elle. Rafael Ojeda, président du syndicat de médecins SMA, a mis en évidence un système de santé publique « très bureaucratisé et très centralisé », qui ne permet donc peu aux praticiens de contrôler la gestion des tests de diagnostic.
Ce scandale pourrait coûter cher au gouvernement régional
Le gouvernement andalou a annoncé un plan d’urgence de 12 millions d’euros et s’est engagé à embaucher davantage de personnel, tandis que des fonctionnaires, dont le ministre régional de la Santé, ont démissionné. Mais la colère suscitée par ce scandale pourrait coûter cher au parti, à l’approche des élections régionales prévues l’année prochaine. Des milliers de femmes ont manifesté devant le gouvernement régional et les hôpitaux, tandis que le parquet andalou a ouvert une enquête sur le scandale. Rosario Castro, victime de ces manquements et membre d’Amama, a qualifié la réponse des autorités de « honteuse ».
AFP / France Info







