Mémoire reconstructive : comment une rumeur se déforme
Voici pourquoi il ne faut presque rien croire de ce que l’on entend de seconde main. Quand une information passe de personne en personne, elle se déforme progressivement, au point qu’à la fin le récit initial n’est plus reconnaissable.
Cela se produit parce que la mémoire humaine n’est pas un espace de stockage, mais un processus de reconstruction. Quand nous entendons une histoire, notre cerveau cherche à la faire entrer dans les schémas cognitifs déjà en place, ces cases construites à partir de nos expériences, de nos croyances et de nos préjugés. Pour que l’histoire y tienne, quatre mécanismes s’activent à notre insu.
Le nivellement
Le premier est le leveling, c’est-à-dire le nivellement. Le cerveau se débarrasse des informations qu’il juge superflues, comme les noms ou les chiffres, afin d’économiser de l’énergie (Allport et Postman, The Psychology of Rumor, Henry Holt & Company, 1947).
L’accentuation
Le deuxième est l’accentuation. Le cerveau s’accroche à un ou deux éléments qui ont provoqué une tension émotionnelle, comme le drame ou le danger, et il les grossit à l’excès.
L’assimilation
Le troisième est l’assimilation. Le cerveau adapte les faits pour les accorder à ses propres croyances et aux stéréotypes qu’il détient déjà.
La confabulation
Le quatrième est la confabulation, ou la fabulation. Parce que le cerveau ne supporte pas le vide, il fabrique de nouveaux détails là où la mémoire a des lacunes, afin que l’histoire ait un sens (Schacter, The Seven Sins of Memory : How the Mind Forgets and Remembers, Houghton Mifflin Harcourt, 2001). La personne qui raconte est fermement convaincue que les choses se sont passées exactement ainsi.
Résultat : le dernier destinataire n’entend pas les faits réels, mais une version psychologiquement reconstruite, qui reflète davantage les peurs et les préjugés des intermédiaires que la version véritable de l’histoire (Hirst et Echterhoff, Remembering in conversations : The social sharing and shaping of memories, Annual Review of Psychology, 2012).
C’est le fameux phénomène Transmission Chain Effect, c’est-à-dire le téléphone arabe.
La prochaine fois que vous entendrez une rumeur, rappelez-vous : on ne vous transmet pas des faits, mais des distorsions cognitives. Que faites-vous lorsque vous comprenez qu’une histoire transmise a été altérée ? Dites-le dans les commentaires.
