Sensation et perception : comment le cerveau construit le sens

Le cadrage change le sens d’une information. Le cerveau, lui, construit ce sens par la perception.

Sensation et perception

La perception est un processus psychologique et neurobiologique. Par elle, le cerveau reçoit, organise et interprète les stimuli qui viennent de l’environnement et du corps. Il leur donne un sens et crée ainsi l’expérience que nous avons du monde autour de nous.

On confond très souvent la sensation et la perception. Ce sont pourtant deux étapes entièrement distinctes. La sensation est un processus purement physiologique : les organes sensoriels détectent une énergie physique, comme la lumière, les ondes sonores ou la pression. La perception est le processus cognitif par lequel le cerveau traite, sélectionne et interprète ces signaux.

Les yeux, par exemple, ne voient sur un écran que des lignes et des couleurs. C’est la sensation. Le cerveau, lui, comprend que ces lignes forment des mots et des phrases. C’est la perception.



Les quatre étapes

L’ensemble du processus se déroule en quatre étapes principales.

La première est la réception du stimulus et la transduction, c’est-à-dire la conversion de l’énergie physique en signaux nerveux qui voyagent vers le cerveau.

La deuxième est la sélection des informations par les mécanismes de l’attention. Parce que nous recevons des millions d’informations par seconde, le cerveau filtre le bruit et ne retient que les stimuli qu’il juge importants.

La troisième est l’organisation. Le cerveau structure alors des informations éparses en formes et en motifs. Il applique les principes de la psychologie de la Gestalt, comme la séparation de la figure et du fond, ou le regroupement selon la proximité ou la similarité. En termes simples, il préfère voir des ensembles organisés plutôt que des détails sans lien. C’est pour cela que l’on reconnaît aussitôt des formes, ou des visages, même dans les nuages.

La quatrième est l’interprétation. Le cerveau donne un sens au stimulus organisé en le comparant à des expériences antérieures, à des attentes, à des souvenirs et à des connaissances.

Bottom-up et top-down

Pour faire tout cela, le cerveau utilise en même temps deux formes de traitement parallèles. Le traitement bottom-up, de bas en haut, repose uniquement sur les données sensorielles. Il construit l’image finale peu à peu, à partir des caractéristiques élémentaires du stimulus. Le traitement top-down, de haut en bas, repose sur les attentes, la mémoire et le contexte. Le cerveau formule des hypothèses et comble les lacunes.

C’est pour cela que l’on peut souvent lire une phrase qui contient une faute de frappe sans même la remarquer. Dans bien des cas, on lit aussi sans peine un mot dont toutes les lettres sont mélangées, pourvu que la première et la dernière soient à leur place. Le cerveau ne lit pas lettre par lettre. Il complète le mot à partir des connaissances déjà stockées dans sa mémoire.

Une construction active

La perception n’est donc pas un enregistrement passif, comme celui d’une caméra. C’est une construction active. Elle se forme à partir de nos expériences antérieures, du contexte dans lequel un stimulus apparaît, de notre état émotionnel et physiologique, et de notre arrière-plan culturel. C’est précisément pour cette raison que naissent les illusions d’optique.

Dans l’illusion de Müller-Lyer, par exemple, deux lignes terminées par des flèches ont exactement la même longueur. Parce que les flèches aux extrémités pointent dans des directions différentes, le cerveau voit l’une plus longue que l’autre. Dans d’autres illusions connues, deux carrés peuvent avoir exactement le même gris. L’un est placé dans l’ombre, l’autre dans la lumière. Le cerveau s’embrouille, calcule le contexte et fait croire que les deux ont une teinte de gris tout à fait différente.

De la même manière, un son entendu pendant la journée peut sembler indifférent. Entendu seul, dans le noir, il se perçoit autrement, selon le contexte et l’état émotionnel.

La perception comme prédiction

En réalité, le cerveau n’attend pas d’avoir vu le monde pour le comprendre. Il essaie en permanence de prédire ce qu’il va voir, puis il compare ces prédictions aux informations qui arrivent des sens. Quand les informations sensorielles ne concordent pas avec sa prédiction, il révise son modèle et met à jour sa perception.

La perception n’est donc pas un miroir de la réalité. C’est simplement la meilleure prédiction que le cerveau puisse faire de ce qui se passe autour de nous. La plupart du temps, cette prédiction est remarquablement précise. Quand elle échoue, les illusions et les erreurs perceptives apparaissent.

Pour construire cette prédiction, le cerveau a d’abord besoin d’informations. Ces informations sont celles qu’il choisit de laisser entrer. Ce mécanisme de sélection, c’est l’attention. Elle fonctionne comme une lentille : elle décide de ce que l’on verra et de ce que l’on ignorera entièrement. Reste à comprendre comment elle fonctionne, comment elle se relie à la perception, et pourquoi l’on reste souvent aveugle à des événements qui se produisent pourtant sous nos yeux.

 


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Article par : Julienne Lereau

Julienne a étudié la psychologie à Paris, et pendant ce temps, elle fait ses études supérieures. Elle aime utiliser les connaissances qu'elle a acquises au cours de ses études pour aider les gens à améliorer leur état psychologique et à faire face à des situations difficiles.

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