Un exercice de 20 minutes peut booster la mémoire en cas de privation de sommeil extrême
Vous connaissez déjà cette sensation : vous avez dormi peut-être quatre heures, une journée complète vous attend, et le café ne vous mènera pas bien loin.
Faire une sieste, ou plutôt tenir le coup avec une séance de sport ?
Une nouvelle étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, suggère que, lorsqu’il s’agit de la mémoire, une sieste et un exercice de 20 minutes peuvent en réalité avoir un impact similaire.
Des chercheurs de l’Université McGill, au Canada, ont maintenu 54 jeunes adultes en bonne santé éveillés pendant 30 heures d’affilée, une épreuve menée en laboratoire, puis les ont répartis en trois groupes.
Un groupe a fait 20 minutes d’exercice, sous forme de vélo d’intensité modérée à vigoureuse. Un autre a fait une sieste de 90 minutes. Un troisième groupe s’est assis sur un vélo stationnaire pendant 20 minutes sans pédaler, comme groupe témoin.
Peu après, tout le monde a vu une série d’images, sans consigne de les mémoriser. Trois jours plus tard, on a testé lesquelles ils pouvaient réellement reconnaître.
Le groupe sieste et le groupe exercice se sont souvenus d’un nombre significativement plus élevé d’images que le groupe témoin.
Des scores presque identiques, en fait : 23 % de meilleure reconnaissance pour ceux qui avaient fait la sieste, 21 % de meilleure reconnaissance pour ceux qui avaient fait de l’exercice, par rapport au groupe témoin.
Statistiquement, les deux interventions n’ont montré aucune différence significative.
Cette étude fait écho à une étude de 2023 de l’Université de Portsmouth, qui avait montré que 20 minutes de vélo modéré amélioraient les performances cognitives chez des personnes partiellement ou totalement privées de sommeil, même en conditions de faible oxygène.
Mais voici ce qui rend cette nouvelle étude intéressante. Les chercheurs ont aussi enregistré l’activité cérébrale des participants par électroencéphalographie (EEG). Ils ont constaté que les deux groupes parvenaient au même résultat par des voies neurologiques qui semblent complètement différentes.
Dans le groupe sieste, l’équipe a observé des marqueurs de pression de sommeil et de fatigue réduits dans le cerveau, comme une diminution de l’activité des ondes lentes. C’était comme si les 90 minutes avaient réellement racheté un peu de repos perdu (ce qui a du sens, puisqu’ils avaient davantage dormi).
Plus cette signature de fatigue baissait, mieux les personnes se souvenaient ensuite des images.
Le groupe exercice n’a presque rien montré de tout cela. Leurs marqueurs de fatigue restaient aussi élevés que ceux du groupe témoin, qui n’avait rien fait : l’entraînement ne les a pas fait se sentir moins fatigués.
Au contraire, leur gain de mémoire suivait un tout autre ensemble de signaux, liés directement à l’efficacité avec laquelle leur cerveau traitait les images au moment où ils les regardaient.
Autrement dit : la sieste a reposé le cerveau. L’exercice ne l’a pas reposé, mais il a semblé le faire mieux fonctionner malgré tout.
« La perte de sommeil affecte presque tous les aspects de notre façon de penser et de fonctionner, mais beaucoup de gens ne peuvent pas simplement s’arrêter et dormir davantage », explique Marc Roig, auteur senior de l’étude et scientifique du sport à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de McGill.
« Nos résultats montrent que même une courte séance d’exercice peut aider à préserver l’une de nos capacités cognitives les plus importantes. »
Cette distinction compte particulièrement pour les personnes qui n’ont pas le choix.
Beaucoup de ceux qui en ont le plus besoin (infirmiers, pilotes, jeunes parents, toute personne en poste de nuit) ne peuvent pas vraiment s’éclipser pour une sieste en milieu de service, comme le souligne la neuroscientifique Madhura Lotlikar, première auteure de l’étude.
« L’exercice est accessible, peu coûteux et facile à mettre en œuvre. Cela en fait un outil prometteur pour aider les gens à rester cognitivement alertes lorsque le sommeil est limité », explique Lotlikar.
Rien de tout cela ne fait de l’une ou l’autre option un remplacement idéal d’une bonne nuit de sommeil. Les chercheurs le disent clairement : l’entraînement et la sieste sont des solutions d’appoint, pas des substituts. Ils sont utiles pour passer la journée à laquelle on est déjà coincé, pas une stratégie à long terme pour vivre avec moins de repos.
C’est important, car on estime que 20 à 40 % des adultes dans le monde ne dorment déjà pas assez, un déficit que RAND a estimé coûter aux États-Unis, au Royaume-Uni, à l’Allemagne, au Japon et au Canada un total combiné de 680 milliards de dollars par an en perte de production économique.
Donc, la prochaine fois que vous affrontez une journée après quatre heures de sommeil : si vous pouvez faire une sieste, la sieste pourrait être le plus utile.
Si vous ne pouvez pas, une marche rapide ou un tour de vélo de 20 minutes peut être plus qu’une distraction face à la fatigue. Cela semble faire quelque chose de réel pour votre cerveau, que vous vous sentiez ou non moins épuisé.
La recherche a été publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences.
