Pourquoi on mange trop : les aliments ultra-transformés diluent les protéines
Plus la part de protéines dans l’alimentation baisse, plus on avale de calories. C’est le résultat d’une étude préenregistrée, menée sur 11 152 Norvégiens de 40 à 99 ans, publiée dans la revue Appetite.
L’hypothèse de la « protein leverage », ou effet de levier des protéines, dit que le corps défend d’abord son apport en protéines. Quand celles-ci sont diluées par du gras et des glucides, on continue à manger pour atteindre la cible protéique, et l’énergie totale monte. Les aliments ultra-transformés (UPF) sont souvent accusés de jouer ce rôle : beaucoup de calories, peu de protéines en proportion.
Rikke Eriksen, Kamilla Rognmo, Laila A. Hopstock et James E. McCutcheon, de l’université arctique de Norvège (UiT) à Tromsø, ont testé cette idée dans la septième enquête de l’étude de Tromsø (2015-2016). Les analyses, fondées sur des questionnaires de fréquence alimentaire, étaient transversales.
Moins de protéines, plus de calories
L’apport énergétique total était inversement associé à la proportion de protéines dans l’alimentation (L = −0,36, p < 0,001) et positivement associé à la proportion de graisses (L = 0,33, p < 0,001). Un L de −1 indiquerait un levier complet : ici, le levier est fort mais incomplet, comme dans d’autres études en population.
Les auteurs avaient prévu de relier aussi protéines et IMC. Ils n’ont pas trouvé d’association positive entre l’apport énergétique total et l’IMC. Les données ne permettaient donc pas de tester un effet du levier protéique sur le poids. Le mécanisme apparaît sur les calories ingérées, pas clairement sur l’indice de masse corporelle dans cette cohorte d’adultes d’âge moyen et plus âgés.
Les ultra-transformés diluent les protéines
La part d’aliments ultra-transformés était associée à un apport énergétique plus élevé (b = 554, p < 0,001), à une proportion de protéines plus basse (b = −2,0, p < 0,001) et à un IMC légèrement plus élevé (b = 0,011, p = 0,026). En valeur absolue, l’apport en protéines restait relativement stable d’un régime UPF à l’autre : le corps « chasse » la protéine, et les calories suivent.
Les auteurs concluent que, chez des Norvégiens d’âge moyen et plus âgés, les données soutiennent fortement un effet de levier des protéines sur l’apport énergétique. Ils n’en déduisent pas un effet démontré sur l’IMC.
L’étude est observationnelle et s’appuie sur des questionnaires, pas sur un essai randomisé. Elle ne prouve pas que manger plus d’UPF fait grossir par ce seul mécanisme, ni que « plus de protéines » suffit à maigrir. Le message plus précis est celui-ci : le pourcentage de protéines dans l’assiette compte. Quand les ultra-transformés l’abaissent, on tend à manger davantage, même si la quantité absolue de protéines ne change guère.
Source : PubMed
