Une molécule des agrumes pourrait rajeunir le foie

Le foie est l’un des organes les plus remarquables du corps humain.

Cette machine polyvalente assure environ 500 fonctions vitales, notamment le traitement des nutriments et le filtrage des substances nocives présentes dans le sang.

Malgré les toxines chimiques auxquelles il est confronté chaque jour, le foie reste extraordinairement jeune, grâce à sa capacité unique à se régénérer.

Même ce foie si fiable n’est toutefois pas immortel.



À mesure que le corps vieillit, le foie vieillit aussi. Et en déclinant, il devient vulnérable à diverses formes de stéatose hépatique (maladie du foie gras).

Mais s’il existait un moyen d’aider un foie âgé à retrouver un état plus jeune ?

Dans une nouvelle étude publiée dans npj Aging, des scientifiques se sont rapprochés de cet objectif, en utilisant un composé présent dans les agrumes pour ralentir, et même inverser, des signes de vieillissement du foie chez la souris.

Dans une expérience, une équipe dirigée par le premier auteur, le biologiste moléculaire Zhao-Qing Shen de la National Yang Ming Chiao Tung University à Taïwan, a étudié l’hespérétine, un flavonoïde naturel présent dans les citrons, les citrons verts, les oranges et d’autres agrumes, qui a déjà montré un potentiel pour divers effets pharmacologiques, notamment des propriétés anti-inflammatoires, anti-âge et neuroprotectrices.

L’hespérétine a déjà été identifiée comme un activateur d’un gène associé à la longévité appelé CISD2 (ou Cisd2 chez la souris), connu pour soutenir la santé du foie et du métabolisme.

« Dans le foie, un déficit en Cisd2 favorise la stéatohépatite [maladie du foie gras] et le carcinome hépatocellulaire [cancer du foie], alors qu’une expression accrue de Cisd2 préserve des profils métaboliques jeunes et atténue le dysfonctionnement hépatique lié à l’âge », expliquent les chercheurs dans leur article.

« Il est notable que l’expression de Cisd2 diminue au cours du vieillissement, ce qui suggère que rétablir cette expression pourrait constituer une stratégie prometteuse pour retarder le vieillissement du foie et prévenir les maladies hépatiques associées à l’âge. »

Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont administré à des souris naturellement âgées (21 mois) une dose quotidienne d’hespérétine pendant cinq mois, tandis qu’un groupe témoin recevait un substitut inactif.

À la fin du régime, les niveaux de Cisd2 étaient nettement diminués dans le foie des animaux témoins (âgés de 26 mois), mais les souris âgées qui avaient reçu de l’hespérétine quotidiennement présentaient des niveaux hépatiques de Cisd2 comparables à ceux de souris jeunes de seulement trois mois. Plusieurs autres marqueurs du vieillissement et du déclin du foie étaient également réduits, notamment les dépôts graisseux, les cellules hépatiques endommagées et l’inflammation.

« Collectivement, ces résultats démontrent que la consommation d’hespérétine atténue les lésions pathologiques hépatiques et retarde le vieillissement du foie chez les souris âgées, un effet étroitement corrélé à la régulation à la hausse de l’expression de Cisd2 », écrivent les chercheurs.

Une analyse de séquençage de l’ARN destinée à comparer l’activité des gènes a montré que le composé des agrumes avait fait évoluer l’expression génique des animaux traités vers un état plus jeune, en inversant un certain nombre de changements d’expression génique associés à l’âge observés chez les animaux témoins.

Une expérience distincte a montré que des souris génétiquement modifiées pour ne plus exprimer Cisd2 dans les principales cellules fonctionnelles de leur foie, et qui présentaient déjà des signes de mauvaise santé hépatique à seulement trois mois, ne répondaient pas au traitement par hespérétine.

Cela étaye l’idée que, dans les cellules hépatiques de souris, le composé des agrumes dépend largement de Cisd2 pour agir et reste pour l’essentiel inefficace en son absence, même si les chercheurs ont aussi observé certains changements indépendants de Cisd2.

Selon les chercheurs, l’hespérétine semble agir via une voie de signalisation impliquant deux protéines différentes, appelées Hmgcs2 et Pparα, qui ensemble augmentent l’activité de Cisd2.

Il faudra encore beaucoup de travail pour savoir si l’hespérétine peut, en toute sécurité, produire des effets similaires pour soutenir la santé du foie humain, mais les prémices de cette voie pourraient déjà exister.

Dans l’étude, l’équipe a analysé des échantillons de foie non tumoral provenant de 80 patients opérés pour un cancer du foie ou des tumeurs bénignes, et a constaté que l’expression de PPARα et de CISD2 diminuait avec l’âge dans les tissus hépatiques humains.

À elle seule, cette observation ne prouve rien, mais elle suggère que la baisse d’activité de Cisd2 observée chez la souris pourrait aussi se produire chez les personnes âgées. Et si c’est le cas, stimuler cette voie avec de l’hespérétine pourrait peut-être aussi aider à rajeunir le foie humain.

Compte tenu de tout ce que le foie fait pour nous, on lui doit bien d’aller vérifier.

« Pris ensemble, ces résultats apportent des preuves solides que l’hespérétine est un traitement anti-âge puissant pour le foie et jettent les bases de futures interventions cliniques utilisant l’hespérétine comme activateur puissant de Cisd2 et comme aliment fonctionnel issu des écorces d’agrumes », écrivent les chercheurs.

« L’hespérétine issue de l’écorce des agrumes et d’autres sources a potentiellement la capacité de ralentir le vieillissement du foie (ou de rajeunir un foie vieillissant), tout en aidant à améliorer la stéatose hépatique associée à l’âge. »

Les résultats sont publiés dans npj Aging.


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Article par : Marie Charlebois

Diététicienne diplômée. Je suis particulièrement heureuse de partager mes connaissances pour aider les autres à se nourrir correctement et sainement.

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