Canicules depuis mai : le maraîchage français recule déjà de milliers de tonnes

Le caddie le sent avant les communiqués. Sur les marchés comme en grande surface, certaines barquettes ont déjà grimpé. Depuis mai, les vagues de chaleur s’enchaînent. La sécheresse, elle, a gagné du terrain jusqu’à un « niveau jamais observé », selon Météo-France. Dans les serres et en plein champ, les maraîchers mesurent l’addition de l’été 2026 à la tonne près.

Salades, artichauts, tomates : le cœur des pertes

Coopératives et syndicats agricoles citent d’abord les salades, les artichauts et les tomates. Ce n’est pas une liste close. Mi-juillet, la fédération Légumes de France a recensé des volumes déjà colossaux sur une gamme plus large : « En mâche, jeunes pousses, salades, carottes, poireaux, échalotes, ail, oignons, les pertes à date s’élèvent en milliers de tonnes par produits. »

Prince de Bretagne, qui réunit les principales coopératives bretonnes de fruits et légumes, a publié des baisses de production déjà chiffrées : 25 % pour les courgettes, 35 % pour les salades et les oignons, 60 % pour les brocolis, et de 50 % à 100 % pour les artichauts selon les lots.

L’automne ne promet pas un rattrapage. Daniel Sauvaître, président d’Interfel, l’interprofession des fruits et légumes, l’a dit au Parisien mardi 18 août : « Il y aura sans doute une offre faible à l’automne, de façon durable, concernant toute une gamme de produits : choux, poireaux, artichauts, choux-fleurs, ail, oignon et peut-être un peu les carottes. Si elle est inférieure à la demande, on peut avoir un ajustement des prix. »



Replantations ratées, réserves d’eau à sec

Après la canicule de juin, des légumes ont été remis en terre. Ils n’ont pas tenu face à la vague de juillet ni face à la sécheresse qui a suivi, ont indiqué des professionnels à l’AFP. Les réserves prévues pour l’irrigation ont ensuite été largement puisées. De nouvelles plantations se sont trouvées bloquées faute d’eau. Eric Legras, président d’Unilet, l’interprofession des légumes en conserve et surgelés, l’a résumé au Monde : « D’habitude, on a toujours une région qui s’en sort mieux que l’autre. »

L’abri ne change pas tout. Prince de Bretagne précise : « Sous abris, malgré le goutte-à-goutte, tomates, fraises, poivrons et concombres subissent de fortes pertes de rendement et de qualité. » Les légumes anciens rencontrent eux aussi de « fortes difficultés » de production.

Pour les fruits, Interfel dresse un tableau plus mêlé, toujours via l’AFP. Les melons ont perdu en qualité, mais ils ont fini par arriver en rayon. Une représentante de l’Association nationale pommes poires a toutefois indiqué au Parisien que la récolte de pommes avait été « la plus petite en France et en Europe de ces dernières années ».

Pas de pénurie, des tickets plus salés et des formes moins lisses

Interfel écarte le mot « pénurie » et parle de « tensions ». La France importe déjà beaucoup de fruits et légumes. L’effet se lit surtout à la caisse. Selon l’Insee, les salades et les endives ont augmenté de 6,4 % en juillet 2026 par rapport à l’an dernier. Les melons suivent, à +6,1 %.

Isabelle Senand, directrice des études à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), a nuancé auprès du Parisien : « Le niveau de prix va rester haut dans certaines catégories. Mais on ne peut pas dire que ça va entraîner un phénomène inflationniste global sur tous les fruits et légumes. »

La forme change aussi. Au-delà d’environ 35 °C, « les arbres mettent naturellement leur fonctionnement physiologique en sécurité afin de limiter leur stress », explique l’interprofession. La croissance ralentit, la conservation se dégrade. On retrouve alors des fruits et légumes plus petits, plus irréguliers, moins calibrés qu’à l’habitude.

Pour soutenir les producteurs, la FCD, qui rassemble les principales enseignes, a annoncé mardi 18 août une plus grande tolérance sur les calibres. Elle dit vouloir « faire de l’origine France une priorité assumée ». Une partie des agriculteurs y voit un geste utile, à condition qu’il dure. Jonathan Chabert, responsable de la commission fruits et légumes de la Confédération paysanne, l’a dit au Monde : « Il faudrait que ce principe devienne permanent. »


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Article par : Marie Charlebois

Diététicienne diplômée. Je suis particulièrement heureuse de partager mes connaissances pour aider les autres à se nourrir correctement et sainement.

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