Le grignotage tardif lié à un risque accru de deux maladies du foie

Il est peut-être temps de revoir ces raids nocturnes sur le réfrigérateur ou sur le placard à biscuits et à chips : une nouvelle étude a associé le grignotage en dehors des heures habituelles à deux types de maladies du foie, la cirrhose et la stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD).

Publiée dans Clinical Gastroenterology and Hepatology, cette étude complète analyse les données de 199 155 personnes, dont l’âge médian est de 59 ans. Les participants sont inscrits dans une recherche en santé en cours et remplissent des questionnaires sur l’alimentation et le mode de vie tous les 2 à 4 ans.

Les auteurs de la nouvelle étude, de l’Oregon Health and Science University (OHSU) et du Massachusetts General Hospital, ont constaté un risque de cirrhose supérieur de 28 % et un risque de MASLD supérieur de 36 % chez les personnes qui mangent tard le soir, par rapport à celles qui ont des horaires de repas plus habituels.

Le fait de manger tard le soir a été défini comme le fait de manger « après l’heure du coucher » ou « entre le dîner et l’heure du coucher ».



Pour remettre cette hausse du risque en perspective, la cirrhose est restée peu fréquente, avec 315 cas parmi près de 200 000 participants au cours de la période de suivi.

Le foie et les rythmes circadiens

Les chercheurs estiment que nos rythmes circadiens, ces cycles internes qui synchronisent l’organisme avec le jour et la nuit, pourraient expliquer ce lien.

« Quelques études ont laissé entrevoir cette idée, mais celle-ci compte parmi les premières analyses au long cours à établir explicitement le lien avec la stéatose hépatique », déclare l’hépatologue Robert Wilechansky, de l’OHSU.

« Nous savons que le foie est très en phase avec les rythmes circadiens de l’organisme. Nous nous intéressons donc à modifier l’horaire des repas d’une façon qui pourrait faire une différence pour la santé, sans changer la composition de ce que les gens mangent. »

La durée médiane de suivi de l’étude était de 16 ans, avec des ajustements destinés à tenir compte de variables dont l’âge, l’indice de masse corporelle (IMC) et l’activité physique. L’association avec le fait de manger tard le soir est restée significative après ces ajustements.

Si l’étude ne peut pas prouver un lien direct de cause à effet, et si d’autres facteurs peuvent entrer en jeu (l’horaire et la qualité du sommeil n’ont pas été pris en compte dans cette analyse, par exemple), les chercheurs suggèrent que la façon différente dont l’organisme traite les aliments la nuit pourrait avoir une influence.

Nous avons tous plusieurs horloges circadiennes qui fonctionnent dans notre corps, et le foie tient aussi son propre compte du temps, tout en se reliant aux principaux rythmes circadiens.

Il est possible que le foie ne soit pas prêt à gérer efficacement la nourriture tard dans la soirée, ce qui entraînerait une accumulation plus importante de graisse et une hausse de la glycémie, même si ces idées devront encore être testées.

« Nos résultats s’ajoutent à la littérature de plus en plus abondante qui relie les habitudes alimentaires de fin de soirée à des issues métaboliques et hépatiques défavorables », écrivent les chercheurs dans leur article publié.

« Cette relation est biologiquement plausible ; un apport calorique plus élevé le soir peut conduire à l’obésité et à un dérèglement métabolique par une baisse de la sensibilité à l’insuline et une moindre utilisation de l’énergie la nuit. »

Pistes de recherche et de prévention

Des recherches supplémentaires pourraient examiner précisément en quoi consistait le fait de manger tard le soir (dans cette analyse, l’heure du grignotage a été consignée, mais pas l’en-cas), ainsi que mesurer plus directement des indicateurs comme la glycémie et la graisse du foie.

Une équipe de l’OHSU qui comprend Wilechansky recrute déjà pour un essai clinique plus approfondi.

Maladie du foie
Un foie sain (à gauche) et un foie endommagé par une cirrhose (à droite). (National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases)

« Les effets de la prise alimentaire en fin de soirée sur les maladies du foie devraient être étudiés plus avant dans des populations diverses, en intégrant l’imagerie du foie et des marqueurs de la gravité de la maladie du foie », écrivent les chercheurs.

« La confirmation de ces résultats aurait le potentiel d’influer sur les bonnes pratiques en nutrition pour la maladie chronique du foie. »

La MASLD, aussi appelée stéatose hépatique, survient lorsque des problèmes métaboliques (comme l’obésité) entraînent une accumulation de graisse dans le foie. Chez certaines personnes, elle peut provoquer une cicatrisation, qui peut ensuite conduire à la cirrhose, où le foie est endommagé de façon permanente et peut finir par commencer à défaillir.

Mieux savoir comment ces deux affections sont déclenchées ou aggravées aidera la prévention et les traitements à venir. Il se pourrait qu’un moyen de réduire son risque de maladie du foie consiste simplement à être discipliné sur les horaires des repas, une demande plus facile à tenir qu’un régime ou un programme d’exercice.

« Nous constatons encore et encore que le moment des comportements, qu’il s’agisse du sommeil, de l’alimentation ou de l’exercice, compte vraiment », déclare Andrew McHill, physiologiste du sommeil et des rythmes circadiens à l’OHSU.

La recherche a été publiée dans Clinical Gastroenterology and Hepatology.

 


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Article par : Marie Charlebois

Diététicienne diplômée. Je suis particulièrement heureuse de partager mes connaissances pour aider les autres à se nourrir correctement et sainement.

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