Les particules ultrafines de la pollution liées à près de 2 millions de décès par an
Chaque année, près de 2 millions de décès supplémentaires dans le monde seraient liés à l’exposition aux particules ultrafines de la pollution de l’air, selon une étude publiée dans Cardiovascular Research, revue de la Société européenne de cardiologie.
Ces particules, plus petites que 100 nanomètres, pèsent très peu. Elles dominent pourtant le nombre de particules dans l’air pollué et offrent une grande surface de contact avec les tissus. Elles peuvent franchir les défenses respiratoires, se déposer dans les alvéoles, passer dans le sang et le cerveau, et atteindre le cœur et d’autres organes. Les directives de qualité de l’air réglementent surtout la masse des PM2,5. Les ultrafines, elles, restent largement hors cadre.
L’équipe, dirigée notamment par Jos Lelieveld et Andrea Pozzer, de l’institut Max Planck de chimie à Mayence et de The Cyprus Institute, a combiné observations satellitaires, apprentissage automatique et une méta-analyse de cohortes en Europe et en Amérique du Nord. L’exposition a été estimée à 1 km de résolution. En ville, les concentrations moyennes annuelles se situent souvent entre 10 000 et 30 000 particules par centimètre cube.
L’Europe plus touchée que la moyenne mondiale
Les auteurs estiment une densité de mortalité de 35,7 décès pour 100 000 habitants par an en Europe (intervalle 15,8–65,5), contre 27,4 (12,9–47,4) en Amérique du Nord, proche de la moyenne mondiale. Cela représente environ 210 000 décès supplémentaires par an en Europe et 100 000 en Amérique du Nord. L’exposition et la mortalité sont particulièrement élevées dans le sud et l’est de l’Europe. La Grèce, par exemple, atteint 57 décès pour 100 000 habitants par an.
À l’échelle mondiale, le calcul est plus indicatif, car les mesures hors Europe et Amérique du Nord restent rares. Les auteurs avancent 1,99 million de décès supplémentaires par an (0,81 à 3,89 millions). Cela représenterait environ 5 % de la mortalité par maladies non transmissibles, pour une bonne part (environ la moitié) d’origine cardiovasculaire. Environ 91 % de ces décès surviennent en milieu urbain ou périurbain, et 78 % dans des zones urbaines denses.
La combustion en ville, pas seulement les PM2,5
Les modèles indiquent que les ultrafines de pollution sont surtout du carbone noir et organique, issus de la combustion. En Europe et en Amérique du Nord, l’exposition vient surtout de l’industrie (39 %), de la production d’énergie fossile (33 %), du trafic routier (20 %) et des usages domestiques (8 %). Les corrélations avec les PM2,5 varient : réduire la masse des particules fines ne réduit pas forcément le nombre d’ultrafines. Les filtres d’échappement, notent les auteurs, peuvent même l’augmenter.
Un plafond annuel de 5 000 particules par centimètre cube pourrait, selon leurs calculs, réduire d’environ 45 % la mortalité mondiale attribuable aux ultrafines, et d’environ 30 % en Europe et en Amérique du Nord. L’OMS et l’Union européenne classent désormais ces particules parmi les « contaminants émergents », sans limite annuelle comparable à celle des PM2,5.
Les auteurs soulignent les limites. Les estimations mondiales reposent surtout sur la modélisation. Le rapport de risque pooled (1,057 pour 10 000 particules/cm³) vient de cohortes de pays à haut revenu. Les intervalles de confiance sont larges, d’un facteur d’environ deux. Ils concluent que les mesures les plus utiles visent les sources de combustion en ville, notamment l’énergie, l’industrie et le trafic.
Source : PubMed
