Les statines liées à un risque plus faible de démence dans une vaste étude sur le diabète de type 2
Il n’existe pas de traitement efficace contre la démence, et les cas continuent d’augmenter.
La meilleure option, pour l’instant, est de réduire son risque, qui est plus élevé chez les personnes atteintes de diabète de type 2.
Une nouvelle étude fondée sur les registres de santé nationaux du Danemark suggère que commencer un traitement par statines après un diagnostic de diabète de type 2 pourrait abaisser le risque de démence, et il semble que plus les patients l’ont fait tôt, mieux c’était.
La recherche, publiée dans The Lancet Regional Health, est une étude observationnelle : elle peut mettre en évidence des schémas statistiquement pertinents à l’échelle de la population, mais n’explique pas forcément ce qui a causé ces schémas.
Les résultats étaient toutefois assez intéressants pour que les chercheurs, dirigés par le médecin Tummas Ternhamar de l’hôpital universitaire de Copenhague, exhortent les médecins à envisager un traitement par statines au moment du diagnostic de diabète de type 2.
« Chez les personnes qui développent un diabète de type 2, les statines étaient associées à un risque plus faible de démence, le plus marqué chez celles qui ont commencé tôt », explique Ternhamar.
« Les statines semblent sous-utilisées chez les patients atteints de diabète de type 2, malgré leurs effets protecteurs contre les maladies cardiovasculaires. »
Si vous n’êtes pas familiarisé avec les statines, voici un rappel rapide.
Les médecins prescrivent ces médicaments lorsqu’une personne a des niveaux élevés de cholestérol des lipoprotéines de basse densité (LDL-C, parfois appelé « mauvais » cholestérol, bien qu’il ne soit vraiment mauvais que lorsqu’il s’accumule trop dans les artères ; sinon, c’est simplement une composante normale de l’organisme). Ils peuvent le vérifier par une analyse de sang.
Les personnes atteintes de diabète de type 2 sont encore plus sujettes à des niveaux excessifs de LDL-C que la population générale, en partie à cause du rôle important que joue l’insuline dans la régulation de la production hépatique de graisses comme le LDL-C.
Un taux élevé de LDL-C est aussi un facteur de risque modifiable pour prévenir la démence, selon la Commission Lancet 2024 sur la démence.
La façon dont ces maladies se regroupent (diabète de type 2, LDL-C excessif et démence) a amené Ternhamar et son équipe à se demander si un traitement par statines chez les personnes atteintes de diabète de type 2 pouvait faire une différence sur le plan de la démence chez ces patients.
Ils ont consulté une immense base de données du registre de santé national danois pour identifier 132 585 personnes diagnostiquées avec un diabète de type 2 entre 2006 et 2019.
Ces personnes n’avaient jamais pris de statines avant leur diagnostic.
Les personnes à qui un traitement par statines a été prescrit tôt (moins d’un an après le diagnostic initial de diabète de type 2) avaient un risque relatif de démence inférieur de 15 % à 10 ans de suivi, par rapport à celles atteintes de diabète de type 2 qui n’avaient jamais reçu de statines.
Pour les personnes à qui un traitement par statines a été prescrit tard (un à cinq ans après le diagnostic de diabète), le risque relatif était inférieur de 10 % à 10 ans, là encore par rapport à celles qui n’avaient pas reçu de statines.
Les chercheurs ont aussi estimé le risque absolu de démence après 10 ans, c’est-à-dire la chance qu’une personne de chaque groupe développe une démence dans ce délai (par opposition au risque relatif, qui compare la différence de risque entre deux groupes).
Le risque absolu sur 10 ans était de 3,9 % pour ceux sans traitement par statines, de 3,5 % dans le groupe qui a commencé les statines tard, et de 3,3 % dans le groupe qui les a commencées tôt.
« Les personnes atteintes de diabète de type 2 ont déjà un risque plus élevé de démence et il leur est conseillé de baisser leur cholestérol pour réduire leur risque d’infarctus et d’AVC », indique Isabel Goncalves, chercheuse en maladies cardiovasculaires à la Société européenne de cardiologie, qui n’a pas participé à l’étude.
« Cette étude suggère que commencer les statines peu après un diagnostic de diabète de type 2 peut aussi être lié à une réduction modeste du risque de démence, avec un bénéfice plus grand que si l’on retarde le traitement. »
S’agissant d’une étude observationnelle, on ne sait pas exactement pourquoi ces schémas sont apparus. On ne connaîtra pas les mécanismes exacts en jeu sans recherches supplémentaires.
Les résultats restent néanmoins intéressants, car de nombreux patients atteints de diabète de type 2 peuvent tirer bénéfice d’un traitement par statines, même sans prendre en compte le risque de démence.
C’est une raison de plus d’envisager ce type de traitement lors d’un diagnostic, avec une consultation médicale adaptée, bien sûr.
« Parce que les statines sont largement disponibles et peu coûteuses, les résultats sont potentiellement importants », indique Goncalves.
« Nos résultats suggèrent une autre raison potentiellement importante de veiller à ce que les patients atteints de diabète de type 2 et d’un LDL-C élevé reçoivent un traitement par statines en temps voulu », indique Ternhamar.
La recherche a été publiée dans The Lancet Regional Health.
